Archive for Les enfants de Saturne
Hope There’s Someone par Antony and the Johnsons
March 2nd, 2006 • Les enfants de Saturne
Hier soir, j’ai eu une expérience acoustique forte et innatendue de la main d’Antony and the Johnsons lorsque je regardais La vida secreta de las palabras d’Isabel Coixet. Outre la beauté du film, cette voix - cette voix - cette voix. Elle me transporte à un endroit qui m’est familier et que pourtant je ne connais pas : l’aurais-je oublié? J’éprouve seulement un sentiment étrange que je ne peux expliquer. Téléchargez le MP3 sur Music Net Magazine ou rendez-vous sur la page de téléchargements MP3 d’Antony and the Johnsons. C’est beau, n’est-ce pas?
Hope There’s Someone
Hope there’s someone
Who’ll take care of me
When I die, will I go
Hope there’s someone
Who’ll set my heart free
Nice to hold when I’m tired
There’s a ghost on the horizon
When I go to bed
How can I fall asleep at night
How will I rest my head
Oh I’m scared of the middle place
Between light and nowhere
I don’t want to be the one
Left in there, left in there
There’s a man on the horizon
Wish that I’d go to bed
If I fall to his feet tonight
Will allow rest my head
So here’s hoping I will not drown
Or paralyze in light
And godsend I don’t want to go
To the seal’s watershed
Hope there’s someone
Who’ll take care of me
When I die, Will I go
Hope there’s someone
Who’ll set my heart free
Nice to hold when I’m tired
Eco, par Jorge Drexler (2004)
October 19th, 2005 • Les enfants de Saturne
Je découvre un peu tard ce parolier venu d’Uruguay. Jorge Drexler c’est beau.
Esto que estás oyendo
ya no soy yo
es el eco, del eco, del eco
de un sentimiento
su luz fugaz
alumbrando desde otro tiempo
una hoja lejana que lleva y que trae el viento
Yo, sin embargo
siento que estás aquí
desafiando las leyes del tiempo
y de la distancia
Sutil, quizás
tan real como una fragancia
un brevísimo lapso de estado de gracia
Eco, eco
ocupando de a poco el espacio
de mi abrazo hueco
Esto que canto ahora
continuará
derivando latente en el éter
eternamente
inerte, así
a la espera de aquel oyente
que despierte a su eco de siglos de bella durmiente
Eco, eco
ocupando de a poco el espacio
de mi abrazo hueco
Esto que estás oyendo
ya no soy yo.
Droits des parents et du bébé lors de son décès
June 3rd, 2005 • Les enfants de Saturne
En ces derniers temps de surtravail ou surmenage professionnel et de grande fatigue physique pour moi, mais également pour certains collègues-amis chers, j’ai découvert une charte familiale des droits pour un enfant mort-né ou expérimentant une mort imminente et aussi une liste des droits des parents et du bébé lors de son décès.
Étant mère d’un enfant mort-né au Venezuela en 1999, suivie par le Docteur Juan Carlos Pons à la Clinica Razzeti, quel ne fut mon étonnement de constater que dans notre cas aucun point de la charte, aucun droit de la liste n’a été respecté. Voici donc une liste étayée des non-droits des parents et du bébé lors de son décès :
- Négation de toute information présentée en termes compréhensibles concernant la situation du bébé et les raisons exactes de sa mort, y compris l’autopsie et les rapports pathologiques ou médicaux. Miranda, tu es morte, mais nous ne saurons jamais exactement pourquoi.
- Négation de la prise de décision concernant l’accouchement et la naissance, y compris la façon dont les parents et le bébé doivent être traités. « Bon, on va en salle d’accouchement. Parce que tu vas accoucher ! Je ne vais pas t’ouvrir le ventre pour un bébé qui va naà®tre mort ! »
- Absence d’information sur les ressources disponibles ou qui plus est absence de ressources humaines à l’écoute de la détresse des parents : généticiens, néonatologues, travailleurs sociaux, groupes de soutien, spécialistes. Aucun soutien. D’ailleurs en deux jours d’hospitalisation, quelqu’un a-t-il seulement franchi la porte de notre chambre à part la femme de ménage ?
- Enlèvement de l’enfant à sa naissance de sorte que les parents ne peuvent le toucher, ni l’habiller, ni prendre de photos ou encore garder un souvenir (boucle de cheveux, empreinte des mains ou des pieds…). 24 heures après l’accouchement de Miranda, face au besoin de voir mon bébé : -Mais votre enfant a été amené au laboratoire de pathologie. A l’heure qu’il est, il doit être découpé en morceaux ! -Même en petits morceaux, je veux le voir mon enfant. Elle n’était pas encore découpée, elle nous attendait au fond d’une boite en plastique. Nous avons eu dix minutes.
- Négation d’information pour planifier des funérailles ou une cérémonie en mémoire de bébé.
Notre enfant -qui était viable- n’a pas été reconnu en tant que personne qui est née et décédée. Il n’a pas reçu de nom. N’a pas été vu, ni touché par sa famille. Ne repose pas avec dignité. Seul nous reste une esquisse faite à la hâte, sur un bout de papier qui commence à jaunir.
A ne pas manquer: L’enfant mort-né et Un enfant mort-né peut désormais figurer sur le livret de famille.
Au-delà du mur, y a-t-il quelque chose au-delà …?
December 7th, 2004 • Les enfants de Saturne
Il y a dix ans, le 7 décembre 1994, Dominique Durand -acculé devant le mur- mettait fin à ses jours. Une veillée mortuaire de trois jours chez moi, Dominique dans mon lit, Horace entre ses jambes qui lui tenait compagnie. Combien étions-nous ? Nous avons pleuré-bu-peu mangé-beaucoup bu-pas dormi-pleuré. Qu’attendions-nous ?
Sur la tombe de Dominique à Pierrefiche dans l’Aveyron, se trouve aujourd’hui une stèle, bout-de-roche-platte-volé-dans-une-ferme-du-Larzac, effacée par la pluie et le temps. Il y a dix ans, j’ai demande à François Laborie d’y graver une strophe du poème « Le Mur » de Fernando Paz Castillo:
¿Morir?…
Pero si nada hay más bello en su hora
-frente al muro-
que los serenos ojos de los moribundos,
anegados por su propio silencio;
perdido ya, por entre frescas espigas encontradas,
el temor de morir,
y de haber vivido, como hombre, entre hombres,
que apenas -oscurecidos en su existir-
los comprendieron.
Mamaita ou quand le fait divers à notre porte
July 3rd, 2004 • Les enfants de Saturne
Carmen Tovar, 81 ans, petite, maigre, 1 paquet de cigarettes et 1 litre de café par jour, loterie au moins deux fois par semaine, les courses dans le temps. La force et la sagesse des anciens battus par le soleil et le travail des champs, mélange d’égoïsme et de générosité selon l’occasion et la personne, sens de l’humour à toute épreuve. Venezuela toujours, Caracas ou Ocumare del Tuy selon l’envie ou les besoins du potager, des plantes, des poules et des chiens. A la cuisine : hallacas, caraotas negras, majarete, arroz con coco, arroz con leche, jalea de mango, suspiros, conservas de coco, cabello de ángel, dulce de lechoza… 4 enfants: Margot, Teresa, Hilda et Carlos, 8 petit-enfants: Edgar, Conny, Ingrid, JoaquÃn Eduardo, Margarita, César Adolfo, Lenny et Leisy, 5 arrière-petit-enfants, Maciel, Estivali, Inès, Andrea, Sariel. Un faible plus qu’avoué pour les garçons de la famille. Elle nous enterrera tous !
Le samedi 3 juillet 2004 à 15h00, on l’a tous enterrée. Le mercredi 30 juin, 3 jours après son anniversaire, au petit matin, des hommes par le toit, ligotée à une chaise, sac plastique sur la tête, 6 côtes fracturées, poumon perforé, battue, étranglée. C’était ma grand-mère, elle avait 81 ans. J’imagine la surprise, l’incompréhension, la douleur sourde, la détresse, les cris étouffés.
- ¡Hola abuela, la bendición!
– ¡Dios me la bendiga, mija! ¿Cómo estás mi amor? ¿Y los niños? ¿Y Antoñito?
– …
– …
– ¡Adiós abuela!

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